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L'alcoolo-dépendance

Généralités :

  • L’alcool est responsable d’environ 49 000 décès par an soit 5 à 10 % de la mortalité
  • 3ème cause de mortalité en France
  • Mortalité précoce : risque de décès si < 40 ans et consommation d’alcool
    • Risque relatif x 6 pour un homme
    • Risque relatif x 10 pour une femme = plus de risque de développer des maladies liées à l’alcool
  • L’alcool multiplie par 10 le risque de cancer (pharynx, larynx, bouche, œsophage, foie, sein, côlon)
  • Alcool + tabac multiplient par 40 le risque de cancer
  • Alcoolo-dépendance estimée à 8 % de la population
  • Recommandations de l’OMS :
    • Homme : < 21 verres (210 grammes) par semaine, 3 verres par jour
    • Femme : < 14 verres (150 grammes) par semaine, 2 verres par jour

 

Facteurs de risques :

L'alcoolo-dépendance

Les 3 caractéristiques de la substance psychoactive :

  • Effet psychoactif: modification de l’état de conscience par libération de dopamine (DA) dans le SNC au niveau du système dopaminergique de récompense
    • Liés au produit
      • Voie d’absorption (IV, nasale, pulmonaire, digestive)
      • La dose absorbée faible ou forte selon quantité et la concentration déterminent la vitesse et la force de l’action sur les récepteurs
      • La fréquence de consommation
    • Liés à la pratique de consommation
      • Anticipation de la réception et de l’effet du produit
      • Fréquence de la consommation
      • Environnement
    • Liés aux antécédents et déterminants individuels
  • Effet addictogène: induction d’une dépendance psychique et physique  = capacité d’induire une pharmacodépendance
    • Dépend du profil chimique et de l’impact cellulaire de la substance psychoactive
    • 3 catégories de produits : (PA : pouvoir addictogène)
      • Très addictifs (PA de 90 %) : héroïne, cocaïne et nicotine (ordre décroissant)
      • Moyennement addictifs (PA de 40 %) : benzodiazépines
      • Moins addictifs (PA de 10 %): alcool, MNBA (ecstasy et amphétamines), amphétamines, cannabis

Dépendance psychique

Dépendance physique

Etat de l’adaptation organique sur le long terme

Liée à la quantité consommée

 

Traduit :

  • Un désir irrépressible de boire de l’alcool (craving)
  • Un besoin irrépressible de consommer (compulsion) et de répéter cette conduite

 

S’appuie sur 2 mécanismes :

  • Renforcement
    • Le stimulus ↗ la probabilité pour que l’individu tente de la reproduire
    • Positif : le stimulus induit un effet agréable (positif) à induit sa répétition
      • Action au niveau du système de récompense (neurones dopaminergiques du système méso-limbo-cortical)
      • La sécrétion de dopamine donne une sensation de plaisir
      • Le stress ou les rencontres répétées avec l’alcool sensibilisent le système de récompense
      • La drogue stimule le circuit dopaminergique
    • Négatif : le stimulus soulage une sensation désagréable (négative) à induit sa répétition
  • Conditionnement
    • = processus associatif
    • Conditionnement pavlovien : un stimulus déclenche l’envie
    • Mémoire des expériences passées : comportement dicté par le souvenir
    • Automatisation du comportement

Etat de l’adaptation organique

Rechute : reprise d’une consommation identique à celle que la personne avait avant d’arrêter

 

→D’où l’intérêt de :

  • L’analyse des avantages et des inconvénients à court et long terme
  • L’acceptation de la force du besoin, au-delà de la volonté
  • L’essai de revalorisation des autres motivations
  • L’apprentissage d’une meilleure gestion du stress et des émotions négatives
  • La compréhension de l’embrasement du besoin

 

Lorsque l’alcoolémie se négative le matin :

  • Tremblements, incoordination motrice
  • Nervosité, agitation
  • Sueurs

 

Risque de :

  • Crise d’épilepsie
  • Délirium tremens (délire confuso-onirique)

 

→Pour un consommateur chronique, il ne faut pas arrêter la consommation brutalement

 

Sevrage physique de l’alcool : 10 jours

Sevrage physique du tabac : 1 mois

 

  • Nocivité d’ordre médico-psycho-social :
    • Immédiate et/ou cumulative et différée
    • Biomédicale: neurotoxicitée et toxicité générale
    • Psycho-comportementale : relation à soi-même, aux autres et à l’environnement socio-professionnel

 

Effets et nocivités de l’alcool :

  • Les risques ↗ avec: les quantité, la fréquence, l’association tabac et cannabis
  • Les risques immédiats: l’ivresse et le coma
    • ↘ de la vigilance et des réflexes / fatigue / ivresse
    • Perte de la maitrise de soi à accidents (AVP/W), violence/vulnérabilité, risque sexuel (protection)
    • Troubles digestifs, nausées, vomissements, diarrhées
    • Coma et décès
  • Nocivité cumulative différée :
    • Troubles psychologiques
    • Retentissements sociaux, judiciaires, familiaux, professionnels
    • Troubles somatiques (acidocétose, Korsakoff, cirrhose, polynévrite, perte de mémoire, AVC, IC etc.)
      • Atteintes hépatiques:
        • Asymptomatique et non douloureux le + souvent – asthénie, manque d’appétit, amaigrissement
        • Secondairement : ictère, hémorragies digestives, RVO, décompensation oedémato-ascitique, pancréatites, œsophagite, gastrite, diarrhée, reflux d’acidité
        • 3 stades dans l’atteinte du foie :
          • Stéatose: présence de graisse dans le foie
          • Hépatite: début de nécrose des hépatocytes sous l’effet des cellules immunitaires
          • Cirrhose: foie cicatriciel (non cancéreux mais risque de développer un cancer élevé)
        • Origines cirrhose : OH (80 %), virale (hépatite), médicamenteuse (toxicité), hémochromatose
      • Atteintes cérébrales:
        • Toxicité de l’alcool : toxicité directe de l’alcool ou atteinte carentielle
          • Lésions du cerveau et des nerfs = maladies liées à l’alcool les + fréquentes
          • Polynévrites liées à l’acool = paralysies des jambes
          • L’alcool est une cause « d’attaque cérébrale » - AVC
          • Atrophie cérébrale : ↘ de la taille du cerveau
          • Atteinte cérébelleuse (troubles de l’équilibre)
          • ↘ des facultés intellectuelles (mémoire (ivresse aigüe/korsakoff), attention, raisonnement, démence)
          • Neuropathie = atrophie des nerfs (jambes surtout) à types de crampes, perte de force et de muscles, paralysie
      • Atteintes en fonction de la localisation :

Atteintes morphologiques et fonctionnelles

Troubles neuropsychologiques

Frontale

Mémoire de travail

Limbique

Mémoire épisodique

Diencéphale

Fonctions exécutives

  • Atteinte des boucles fronto-cérébelleuses et déficits exécutifs
    • Planification : difficulté à élaborer des comportements finalisés
    • Inhibition : difficultés à réfréner les automatismes
    • Prise de décision : difficulté à privilégier les actions favorables pour le futur mais contraignantes dans le présent
    • Flexibilité: difficultés à concevoir de nouvelles habitudes comportementales
  • Alcool:
    • Anxiolytique transitoirement, mais anxiogène en continu (chez 98 % des personnes)
    • Antidépresseur transitoirement mais dépressiogène en continu (40 % pop. Générale dont 32,5 % OH)) 80 % des dépressions associées à l’alcool ne nécessitent pas de TTT antidépresseur
    • Facteur de risque de suicide
    • Les crises d’épilepsies ne surviennent pas chez les personnes ivres mais lors du sevrage
  • Atteinte cardiaques:
    • L’alcool est la première cause d’hypertension artérielle à mise en place de TTT anti-HTA
    • L’alcool ↗ le risque de rupture de vaisseaux du cerveau
    • L’alcool ↗ le risque d’insuffisance cardiaque
    • L’alcool ↗ le risque de mort subite
  • Risque fœtal chez la femme enceinte (2 verres par jour suffisent à occasionner un SAF)
  • Le syndrome d’alcoolisme fœtal : 1ère cause exogène de retard mental
    • RCIU - Risque de malformations 2 fois plus élevé - Dysmorphie cranio-facial - Anomalies du SN

 

Signes cliniques de l’alcoolo-dépendance : 2 aspects souvent retrouvés

  • Le déni : Le patient minimise l’évidence
    • Moyen de lutte contre une réalité insupportable
    • Conséquence sur l’image sociale, personnelle et familiale
    • La peur du manque en cas de renoncement
  • La culpabilité (Rarement absente)

 

Intoxication alcoolique aigüe

Intoxication alcoolique chronique

  • Ivresse simple
    • Alcoolémie < 2 g/L
    • Désinhibition, excitation psychomotrice, euphorie, labilité de l’humeur avec des moments de tristesse voire d’agressivité
    • Altération de la vigilance, de la concentration, de la mémoire
  • Incoordination
    • Alcoolémie entre 2 et 3 g/L
    • Troubles profonds de la vigilance, manque de coordination motrice (titubation), troubles de la vision (floue, double)
    • Tachycardie, tachypnée
  • Ivresses compliquées
    • Etat d’ivresse prolongée
    • Dimension agressive majeure
    • Patient incontrôlable, violent, agité
  • Coma-alcoolique
    • Alcoolémie > 3g/L
    • Bradycardie, hypotension artérielle profonde, détresse respiratoire, pas de signe de localisation neurologique
    • Urgence médicale (réanimation)
    • Risque de décès si > 5 g/L
  • Haleine œnolique
  • Mauvais état bucco-dentaire
  • Faciès rouge et bouffis
  • Conjonctives injectées
  • Tremblements fins des extrémités
  • Sueurs diffuses
  • Anorexie
  • Altération de l’état général
  • Douleurs musculaires, crampes
  • Nausées, vomissements
  • Troubles psychiques : anxiété, labilité de l’humeur, insomnie
  • Signes biologiques : augmentation des gamma-GT, augmentation du VGM, insuffisance hépatocellulaire en cas d’atteinte hépatique

 

Prise en soins lors d’une hospitalisation en service d’addictologie :

  • Lors de l’entrée :
    • Accueil du patient
    • Bagages déposés à la bagagerie (prévention du risque de présence de bouteille dans les bagages)
    • Entretien IDE en fonction de l’état clinique du patient
      • Temps personnalisé avec le patient et l’infirmier (famille non présente)
      • Motif d’entrée verbalisé par le patient
      • Evocation de l’histoire de vie
      • Habitudes de consommation (fréquence, quantité, effets recherchés)
        • Questionnaire d’état en 4 questions
        • Questionnaire AUDIT
      • Consentement à faire signer
      • Règlement intérieur et personne de confiance à faire signer
      • Accompagnement vers le médecin généraliste
      • Si alcoolémie importante : mise en chambre de surveillance
  • Déroulé du séjour :
    • Bilan sanguin systématique le lendemain de l’admission et un ECG
    • 1ère semaine : importance du sevrage
      • Surtout dans les 48-72 premières heures
      • Surveillance de Cushman : permet de détecter tous les symptômes du sevrage
        • Surveillance des symptômes du DT (sueurs, tremblements, agitation, troubles sensoriels)
        • Recontrôle ensuite plusieurs heures après en fonction du score

En phase de sevrage il ne faut pas perfuser du G5% mais plutôt du NaCl 0,9%

→ Risque d’encéphalite aigüe

→Si prescription de G5 % à y ajouter avec de la vitamine B12

 

  • Surveillance hydratation (réhydratation de 3L par jour – orale dans un premier temps – perfusion sinon)
  • Protocole Valium + vitamines B1-B6
  • Généralement permissions non autorisées la première semaine d’hospitalisation
  • Séjour
    • IDE référent qui suit le patient
    • Consultations avec psychiatre
    • Balance motivationnelle (pour les addictions)
    • Gestion de la situation sociale avec l’assistante sociale
    • Gestion des inscriptions aux activités
  • Autorisation de sortie – permissions (sur avis du médecin)
  • Weekend thérapeutique
    • Permet d’anticiper la sortie définitive
    • Confrontation à la vie réelle
  • Ethylotest proposé au cours de l’hospitalisation (fait partie du soin)
    • Si négatif : dédramatisation, valorisation, envies ? tentations ? pourquoi ?
    • Si positif : pas de jugement, pourquoi ? quelle difficulté ? sortie réévaluée par le psychiatre

→En fonction du taux : chambre normale / chambre de surveillance

→Inventaire en chambre aléatoire et inopiné (2 soignants + présence du patient)

→Mise à l’abri des autres patients

  • Sortie :
    • Possibilité de participer à des groupes de paroles (sur autorisation du médecin)
    • Selon l’envie du patient : suivi postcure, CSAPA, centre de jour

 

Alcoolisme chronique et thérapeutiques médicamenteuses :

  • Exemples de traitements :
    • AOTAL ® / REVIA ®
      • Maintien de l’abstinence, diminution de l’effet de manque (diminue l’appétence)
      • AOTAL ®: cure de 1 an, ne nécessite pas d’être arrêté en cas de rechute
      • REVIA ® : cure de 3 mois, nécessite d’être arrêté en cas de rechute
      • Pas ou peu d’effets secondaires
    • ESPERAL ®
      • Maintien de l’abstinence (Appelé « le gendarme »), diminue l’appétence
      • Effet antabuse lorsqu’il est pris avec de l’alcool : à partir du moment où le patient reboit il y a des signes cliniques se produisant 10 minutes après la prise d’alcool et pouvant durer ½ heure à plusieurs heures: congestion du visage, érythème facial, nausées et vomissements en jet, sensation de malaise, tachycardie, hypotension (tableau clinique complet)
      • Des réactions avec l’alcool peuvent survenir jusqu’à 2 semaines après l’arrêt du disulfirame
      • CI : prise concomitante avec l’alcool et les médicaments contenant de l’alcool
    • BACLOFENE ®
      • Produit luttant contre les effets spastiques retrouvés dans certaines scléroses en plaques à la base
      • A également un effet sur les personnes alcoolo-dépendantes
      • Très controversé actuellement (pas d’explication du lien entre le Baclofène® et la pathologie alcoolique)

 

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