Pathologie de l’humeur, chronique, récurrente, débutant tôt (1ères années de l’âge adulte), de diagnostic souvent tardif (entre la 30aine et la 40 aine d’années)
Fluctuations anomales de l’humeur oscillant entre des phases d’expansion de l’humeur (appelées « manies ») et des phases de baisse de l’humeur (appelées « dépression » ou « mélancolie »
Ces phases ont des intervalles libres, appelés phases euthymiques pendant lesquelles les sujets sont souvent indemnes de dysfonctionnement psychiques majeurs
Dépression mélancolique : intensité extrême des symptômes dépressifs
Mélancolie : chute extrême du moral
Autrefois dénommés psychoses maniaco-dépressives
Identifiées depuis le Vème siècle avant J.C. (époque d’Hippocrate)
Liens connus depuis Aristote entre créativité et fluctuations excessives de l’humeur
Différents types de troubles de l’humeur :
-BP1 : alternance de phases maniaques et dépressives entrecoupées d’intervalles libres
-BP2 : alternance de phases hypomaniaques et dépressives entrecoupées d’intervalles libres
-Cyclothymie : plusieurs épisodes d’hypomanie et de dépression ne remplissant pas les critères BP1 et BP2 (diagnostic compliqué)
-Personnalité cyclothymique : structure des traits de caractère autour de fluctuation sur-delà de celles nommées
Polarité des symptômes :
Le trouble bipolaire à cycle rapide est défini par la présence d’au moins 4 épisodes thymiques au cours d’une année (maniaques, hypomaniaques ou dépressives)
Les cycles rapides sont un facteur de risque d’installation d’une bipolarité résistante
|
Humeur dépressive |
Ralentissement |
Signes physiques |
|
Douleur morale Tristesse pathologique Perte de plaisir et d’intérêt Vision pessimiste Anhédonie Auto-dévalorisation Anesthésie affective Irritabilité, impulsivité Intolérance, hostilité Crises de larmes Idéations suicidaires |
Lenteur de la pensée Monoïdéisme Indécision Aboulie Déficit verbal lent Difficulté de concentration Difficulté de mémorisation Ecoulement lent du temps Lenteur de la marche Rareté des mouvements Asthénie vitale |
Insomnie matinale Réveils nocturnes Hypersomnie Anoxie Hyperphagie Baisse de la libido Anergie sexuelle Céphalées Constipation Algies diffuses Plaintes somatiques |
|
Humeur maniaque |
Accélération |
Signes physiques |
|
Excitation, euphorie Présentation débraillée Extravagance Hypermimie Grimaces Familiarité Ironie Agressivité, hargne Jovialité, ludisme Mégalomanie Hyper hédonisme Erotisation |
Excitation motrice Gesticulation stérile Dispersion comportementale Dispersion attentionnelle Tachypsychie Fuite des idées Illogisme de la pensée Logorrhée Dépenses inconsidérées |
Insomnie Absence de fatigue Amaigrissement Hyperphagie Hypersudation Hypersébohrée Déshydratation Insensibilité au froid Hypersexualité |
|
Côté soleil |
Côté sombre |
|
Moins d’heures de sommeil Plus de projets et d’idées créatives Moins de timidité Plus d’énergie et de résistance Plus de confiance en soi Plus de motivation au travail Plus d’activités sociales et de « succès » Surcroît d’activités physiques Plus bavard que d’habitude Exagérément optimiste Rires, faces, calembours, jeux de mots Pensée plus rapide |
Dépenses excessives Plus d’impatience et d’irritabilité Plus de consommation d’alcool, de café, de nicotine Consommation de drogues Plus de déplacements, de voyages, de prises de risques (imprudence au volant etc.) Comportement déraisonnable dans les affaires Concentration diminuée Augmentation des pulsions sexuelles |
Il y a en moyenne 8 années et 4 médecins pour qu’une maladie bipolaire soit diagnostiquée
La principale difficulté du diagnostic est de dépister la maladie lorsque le sujet n’est en phase dépressive, car en l’absence de symptômes maniaques, le risque est de considérer que l’individu souffre d’une dépression unipolaire (et non plus d’un BP1 ou BP2)
La seconde difficulté est que l’état d’hypomanie procure un état de « bien-être » qui n’indique pas à l’individu que sa variation d’humeur est pathologique (BP2)
Pour suspecter une maladie bipolaire, il faut savoir enquêter dans l’histoire du sujet et repérer :
-Un début précoce des troubles ou de la 1ère dépression (vers environ 25 ans)
-Une irritabilité récurrente, un caractère « original »
-Une impulsivité à répétition, avec des conduites à risque
-Des traits cyclothymiques (des « hauts et des bas »)
-Une biographie « orageuse » ou mouvementée
-Une dépression du post-partum
-Une dépression récurrente
-Un abus de substances (alcool, drogues, sédatifs, excitants)
-Une histoire familiale de troubles bipolaires ou de suicides
Prévalence de 5 % en France soit 500 000 personnes
Début entre 18 et 24 ans lorsqu’elle est dépistée tôt, + souvent après la 30 aine d’année passée
15 % des individus en souffrant mettent fin à leur jour en se suicidant
Consommation de toxiques majorée avec 46 % d’alcoolique (contre 13 % en pop. générale) associé et 41 % de toxicomanie (contre 6 % en population générale)
Autant d’hommes que de femmes
Toutes classes sociales concernées
Les événements de vie courants sont amplifiés par la maladie et ceux plus rares (deuil, divorces, naissances, mutations etc.) ↗ le nombre d’épisodes et amplifient l’intensité des symptômes
Dégradation fréquente du statut professionnel, voire perte d’emploi
Dégradation fréquente du statut professionnel, voire perte d’emploi
Actes délictueux voire médico-légaux fréquents avec des prises de risques (sexuels, financiers, etc.)
⇒6ème rang mondial des maladies génératrices de handicap en termes de coût économique
⇒Coût des hospitalisations en France : 1,3 milliards d’€ (+ couts indirects)
Les rechutes peuvent survenir :
-En fonction de variations saisonnières (degré d’ensoleillement etc.)
-Avec une consommation excessive de tabac
-Lors de prise de drogues (notamment médicaments en particulier les corticoïdes)
-Avec certains médicaments
-Suite à des troubles du sommeil
-En relation avec des événements positifs
-Spontanément
Les bases de la prise de TTT sont :
-Les médicaments thymorégulateurs (normo thymiques ou régulateurs d’humeur) pour stabiliser l’humeur : le lithium en est le principal
-La psychothérapie : de soutien ou d’orientation cognitivo-comportementale
-L’éducation thérapeutique du patient ou la psychoéducation : pour amener la personne à s’auto-évaluer et s’autoréguler
-L’accompagnement de la famille et de l’entourage : apprentissage d’habilités de repérage des symptômes, de communication, de gestion des conflits
Le médicament thymorégulateur de référence est le lithium (mis en évidence par Jonh Cade en 1949), à visée préventive et curative
|
THERALITE® 250 mg, LP 400 |
Anticonvulsivants |
Antipsychotiques |
|
Effets secondaires : digestifs, sensation de soif, syndrome polyuro-polydipsique, majoration du poids Au long cours : complications rénales et thyroïdiennes
Surdosage aux conséquences graves avec nécessité de surveillance par dosage sanguin (lithiémie entre 0,60 et 1,2 mEq/L)
Problème de neutralisation affective (qui gêne)
Contre-indications : insuffisance rénale, cardiaque, grossesse |
TEGRETOL / TRILEPTAL : Effets secondaires : digestifs, sensoriels (diplopie), hématologiques, hépatiques, neurologiques ++ ‘céphalées)
DEPAMIDE / DEPAKOTE / DEPAKINE : Effets secondaires : digestifs, tremblements, majoration du poids, alopécie
LAMICTAL / EPITOMAX: Effets secondaires : dermatologiques (Sd de Lyell) |
ZYPREXA © XEROQUEL © ABILIFY © |
Les anticonvulsivants (antiépileptiques) : en seconde intention
Les antipsychotiques : en seconde intention le + souvent
Les antidépresseurs sont utilisés avec prudence car ils sont susceptibles d’induire des épisodes maniaques, et pourraient accélérer les cycles thymiques (ne bloquent pas la montée de l’humeur, mais font « chauffer » le fonctionnement des cellules et n’arrêtent pas la « montée en T°C »)
|
|
Effet anti maniaque |
Effet antidépresseur |
Effet curatif |
|
Thymorégulateur idéal |
+++ |
+++ |
+++ |
|
Lithium |
++ |
+/- |
+++ |
|
Anticonvulsivants |
++ |
0 |
++ |
|
Antipsychotiques |
++ |
+/- |
+ à ++ |
Objectifs :
-Etablir et maintenir une alliance thérapeutique
-Savoir reconnaitre précocement les symptômes d’une récidive
-Reconnaitre l’existence d’une maladie
-Mieux gérer sa vie en fonction de la maladie
-Agir sur certains facteurs aggravants
-Améliorer l’observance du TTT
-Accepter la maladie
Repérer les signes de rechute :
-Lorsque l’humeur est stabilisée
-Avec l’aide de l’équipe soignante et de l’entourage familial
-En établissant une liste de signes annonciateurs de rechute
Nécessité pour la personne de remplir un auto-journal pour chacun de signes annonciateurs repérés
|
Signe d’alerte : sommeil perturbé |
|
|
Sévère |
3 h de sommeil, pleine forme |
|
Modéré |
4 à 5h par nuit, endormissement difficile |
|
Léger |
6h par nuit |
|
Absent |
7 à 8h par nuit comme d’habitude |
|
Signe d’alerte : ↗ consommation d’alcool |
|
|
Sévère |
Consommation non contrôlée |
|
Modéré |
6 bières par jour |
|
Léger |
2 à 3 bières par jour |
|
Absent |
1 à 2 bières comme d’habitude |
|
Signes précoces de l’accès maniaque |
Signes précoces de l’accès dépressif |
|
Survenue de projets ou d’idées farfelues Impression d’être plus énervé, tendu, agité Ressentir une tension intérieure désagréable Se sentir d’une humeur joviale, euphorique, sans raison apparente Avoir pleins de projets, d’idées d’achats, de dépenses non adaptées Se sentir en pleine forme malgré un sommeil diminué |
Tristesse non adaptée à la situation ou qui dure plus longtemps que d’habitude Fatigue excessive Impression de manquer d’énergie et manière inhabituelle Troubles persistants de la mémoire et de la concentration Majoration du sommeil (ou fuite dans le sommeil Irritabilité sans raisons très claires |